« Fais que chaque heure de ta vie soit belle,
le moindre geste est un souvenir futur. »
- Louis Aragon –
Lundi 21 Avril 2008 ; 21h36
Un jour je m'assierais. Je contemplerais la vie, assise sur un banc. Comme ça, parce-que j'en ai envie. Assise sur un banc à regarder les autres défiler devant nous. Parce-que quand Tu regardes les autres Tu peux apprendre beaucoup de choses, et puis parce-que c'est une bonne thérapie. Si Tu es malheureux, assieds-toi sur un banc et regarde les gens qui t'entourent...
Il y a celui-là : ce don Juan qui marche vite d'un pas décidé, celui qui fait genre d'être le meilleur, d'être sûr de lui alors qu'en fait ce n'est un gros timide, incapable de faire le premier pas et dont les relations ne durent rarement plus de trois jours car il a peur de s'engager et d'être trahis. Il a peur de souffrir.
Et celle-ci : Elle marche légèrement, pas tout à fait droit, elle virevolte entre les passants. Elle est Amoureuse. Elle ne vit que pour Lui, elle a le c½ur au bout des lèvres et toute sa vie pendue au bras de son bien aimé. Elle hume tendrement le parfum de son amoureux imprégner dans ses cheveux et se rappelle, nostalgique, de tous les bons moments passés ensemble.
Et puis il y a celle-là. Elle vient d'apprendre que le bébé qu'elle portait dans son ventre depuis déjà sept mois avait cessé de respirer ... Comme ça, sans aucune raison. Elle vient de sortir de chez son gynécologue, elle vient de le savoir. Elle va devoir l'annoncer à toute la famille. La petite chambre toute de rose peinte et toute aménagée par son mari restera inanimé ... Les jolies petites robes d'été achetées par Mamie resteront dans le placard ... Les faire-part préparé à l'avance ne seront pas imprimés ... Elle marche lentement, le c½ur gros, la tête vide, sans buts précis, les joues souillées par les larmes ...
Et tu le vois celui-ci ? Il a un cancer. Il ne lui reste que quelques mois à vivre. Il marche d'un pas lourd et plein de remords, il regrette sa jeunesse. Il regrette de ne pas avoir pris des cours de guitare, il regrette de ne pas l'avoir embrassée, il regrette de ne pas avoir accepté ce job, il regrette d'avoir coupé tous les liens avec ses parents, il regrette de ne pas l'avoir demandé en mariage, il regrette de ne pas avoir acheté du pain ce matin ...
Baisse ton regard et tu verras en face de Toi : il y a cette femme, d'une quarantaine d'années, elle est souvent là, assise par terre à quémander. Elle fait la manche pour nourrir toute sa grande famille, elle ne peut pas faire autrement, elle ne parle pas français, elle ne vit que de ça : des quelques sous des passants, jetés comme ça dans sa main ...
Et Toi ? Tu es assis sur ton banc. Tu regardes le temps qui passe en même temps que ces gens ... Tous ces gens qui courent derrière le temps en essayant de le rattraper et de l'arrêter en vain ... Toi Tu les regardes, Tu les devines et Tu te sens supérieur. Tu connais tout d'eux. Tu es assis sur ton banc et Tutu te sens heureux. Parce-que Tu as tout pour l'être : des gens qui t'aiment, des passions, une maison, une vie entière à vivre ... Et là, tu as honte, Tu te dis : « Mais pourquoi est-ce que je déprime pour rien ? Pourquoi je m'estime malheureux alors que je ne le suis pas ? ... » Et Tu te dis avec tristesse que pour tous ces gens tristes, malheureusement, Tu ne peux pas faire grand-chose ... La seule chose que Tu peux faire c'est d'être heureux. Heureux parce-que vis-à-vis d'eux Tu es obligé de l'être et puis bizarrement Tu commence à être heureux, Tu positives et Tu te dis, en regardant les gens passer, que ta vie est un vrai conte de fée, que Tu es super, que Tu as des amis formidables ... Et là, d'un coup tu éclates de rire, tu ris parce-que la vie est belle, tu regardes tout ces gens passés et Tu te dis que Tu aimerais être un de ces voyageurs, alors Tu te lèves et Tu rentres dans cette foule, pour toi aussi, à tout tour, pouvoir courir après le temps, pouvoir courir après ta vie, pour toi aussi pouvoir être un des protagonistes, un de ces personnages qui redonnera le sourire à quelqu'un ... Une de ces personnes qui permettra à quelqu'un d'être heureux ...
Tu marches fier de Toi, sans regarder en arrière en profitant de chaque seconde qui passe, chaque pas fait sur le bitume, chaque regard croisé le long de cette rue, chaque sourire échangé avec les passants, chaque mouvement que font tes cheveux, s'écrasant sur tes joues, chaque minute de plus s'écoulant dans ta vie ...
Tu marches légèrement, Tu es tellement bien que Tu aimerais crier ton bonheur, Tu aimerais danser avec les passants, embrasser chacun de ceux que Tu croises, Tu aimerais Lui dire « Je t'aime » ...
Le vent te porte vers l'avant, Tu slalomes entre les passants, tous ces passants portés par la seule, unique et identique envie : celle d'être aimé, ... Tu pleures, peut-être un peu, Tu ne sais pas trop, à vrai dire Tu t'en fiches un peu, peut-être tu pleures. Tu pleures parce-que tu es heureux, parce-que c'est beau tout ça. Tu regardes le ciel et Tu te dis qu'un jour Tu seras là-haut mais en attendant Tu dois vivre le plus possible alors Tu te mets à courir, le vent fouettant ton visage, la pluie caressant tes cheveux, le soleil réchauffant ton c½ur, tes larmes se perdant dans l'abîme de la ville. Tu cours et Tu es heureux, Tu as comme l'impression d'avoir une longueur d'avance sur la vie, Tu te sens intouchable, Tu te sens tellement bien ...
« Assieds-toi sur un banc et regarde comme la vie est belle. Profite de ce moment, assis sur ton banc à regarder les gens. Car chaque minute passé est révolue et car chacune de ces minutes est un futur souvenir ... Rappelle toi de tout, surtout de ce jour, passé sur ce banc ... »